Nous avons commencé à voyager à travers le Guatemala durant une période plutôt mouvementée. Les élections présidentielles du 6 septembre approchant à grands pas et qui plus est dans un climat de scandale national où la vice-présidente et le président étaient activement impliqués dans une affaire de corruption, La Linea. En mai dernier, la vice-présidente Roxana Baldetti a démissionné et courant août elle a finalement été arrêtée et incarcérée pour des accusations de fraude. Durant dix-neuf samedis consécutifs les Guatemaltèques ont religieusement manifesté pour lever l’immunité présidentielle afin que le président en place puisse subir le même sort que sa vice-présidente. Le 25 août, nous partions d’Antigua au Guatemala pour rejoindre Copán au Honduras pour une visite de 24 heures aux ruines de Copán. Nous avons roulé sans encombres pendant quatre heures avant de nous retrouver bloqués par un barrage routier à vingt minutes de la frontière hondurienne. Notre bus n’ayant pas pu continuer nous avons finalement franchi le barrage à pied en compagnie des autres personnes faisant le voyage avec nous (une marche de 15 minutes), puis avons été pris en auto-stop de l’autre côté par un pick-up qui nous a emmenés jusqu’au poste de frontière. Personne ne se doutait alors qu’exactement une semaine plus tard le congrès du Guatemala allait voter à l’unanimité la levée de l’immunité du président Otto Pérez Molina, que le jour suivant un mandat d’arrêt pèserait sur lui, et que le jour d’après il allait démissionner de son poste. Mais nous allons un peu au devant des faits… revenons à Copán !
Voici à quoi ressemble un minibus de gringos entassés à l’arrière d’un pick-up.
Frontière honduro-guatémaltèque
Durant notre première demi-journée à Copán nous avons marché environ un kilomètre au-delà du site principal pour arriver dans une zone appelée Las Sepulturas (site funéraire), baptisée ainsi pour les nombreux restes osseux qui y ont été découverts. Les archéologues ont trouvé des preuves de vie humaine dans ces lieux datant de l’an 1400 avant J-C. Sur la période 450-850 après J-C, à l’apogée de la cité de Copán, dans cette zone résidaient l’élite de la société, les scribes, les astronomes, les artisans, les servants royaux et leur famille. Voici tout ce qu’il reste des lieux.
Pour un court résumé en vidéo, cliquez ici.
Pile de pierres en attente d’excavation


Musée des sculptures : la pièce centrale est une réplique grandeur nature de la Rosalila, un temple somptueux qui a été découvert sous les vestiges d’un autre temple que nous allions voir le lendemain. A l’heure actuelle la Rosalila est toujours intacte dans son emplacement d’origine, les pierres arborant leurs couleurs d’origine. Afin de la préserver elle n’a pas fait l’objet d’excavation.
Scuptures originales en forme de ara de différentes époques ; on peut voir que le style est devenu de plus en plus détaillé et réaliste avec le temps. Ces têtes servaient de décoration pour les terrains de Pelota.
Apparemment ces pièces montrent que les sculpteurs de l’époque avaient un certain sens de l’humour, créant des visages grimaçants.

Voici une réplique du ara qui décorait le terrain de pelota originel. Au niveau de la poitrine il a une tête de jaguar tenant dans sa gueule un bras mutilé. C’est le bras de Hunapu, l’un des jumeaux héros du livre religieux maya Popol Vuh, qui a eu son bras arraché par le redoutable Vucub-Caquix, un démon-oiseau qui fût finalement vaincu par les jumeaux. La sculpture a été découverte en 1988, arborant toujours sa peinture rouge originelle ; son stuc étant très fragile la sculpture ne peut pas être retirée de sa résidence souterraine et reste donc inaccessible à la vue du grand public.
Anne a commandé une salade et a été agréablement surprise de la voir arriver dans un bol fait de feuilles de lettue géantes.
Le lendemain matin nous nous sommes rendus au site principal de Copán pour profiter des températures matinales plus fraiches.
L’un des 36 aras qui résident dans le site


Pelouse fraichement tondue, jardinier en action sur la droite de la photo. La visite avec l’odeur de l’herbe coupée était très plaisante.

L’escalier orné de hiéroglyphes : la plus longue inscription hiéroglyphique pré-colombienne d’Amérique
Les mayas croyaient que d’anciens dieux appelés Pawahtuuns portaient la surface de la terre, laquelle selon eux était le corps d’un crocodile flottant à la surface d’un large plan d’eau. Ce “vieil homme de Copán” à la dentition légère est la tête de l’un des deux géants Pawahtuuns qui autrefois portaient un énorme crocodile en mozaique qui ornait la façade du Temple 11. La coiffure est un nénuphar tressé, symbole de fertilité ; s’il était possible de les réassembler, les Pawahtuuns représenteraient les plus larges sculptures de forme humaine trouvées sur le site de Copán.

Moitié reconstruit, moitié en ruine
Appelée El Cementario, cette zone était probablement à l’époque un quartier résidentiel
Cet autel sculpté présageait le déclin de Copán. On peut en effet y voir, taillés sur les quatre côtés, les représentations et noms des 16 dirigeants successifs de la dynastie ayant règné sur Copán. Il y a quatre dirigeants par côté, et sur la photo il y a passation de pouvoir entre le premier de la lignée et le seizième dirigeant, Yax Pasaj Chan Yopaat, celui qui a commandé la sculpture. Copán a commencé à décliner peu de temps après le règne de Yax.
Le temple Rosalila (celui avec la couleur rouge éclatante dont la réplique était dans le musée) est sous ce temple. La tradition voulait que tout nouveau dirigeant détruise les anciens temples et construise les siens par dessus. Ce chef a visiblement eu un faible pour la Rosalila et l’a laissée complètement intacte… avant de construire son propre temple par dessus.
A midi nous reprenions la route pour Antigua. A ce moment là la compagnie de bus avait eu le temps de s’organiser et avait un véhicule de chaque côté de la manifestation, ce qui ne nous a pas épargné d’avoir à franchir le barrage à pied. Ce dernier avait eu le temps de s’élargir depuis notre précédent passage 24 heures plus tôt et nous avons dû marcher environ 45 minutes pour franchir le barrage puis trouver un pick-up pouvant nous emmener quelques kilomètres plus loin, là où notre bus nous attendait.
Tous les chauffeurs routiers avaient leur hammac attaché sous la remorque
Horde de policiers se dirigeant vers la manifestation.
De retour à Antigua, avec quelques heures de retard, mais sains et saufs. Le lendemain, départ pour Cobán.















