Avec seulement deux jours de validité restant sur notre visa nicaraguayen, marquer un arrêt supplémentaire dans le populaire spot de surf de San Juan del Sur n’était pour nous pas d’actualité. Nous pouvions partir de Granada pour aller directement au Costa Rica, mettre le compteur à zéro sur notre visa et poursuivre ainsi tranquillement notre route. C’est alors que nous avons discuté avec l’une de nos semblables non-surfeurs qui s’était retrouvée à San Juan pour quelques jours et, contre toute attente, avait adoré. Puis elle a mentionné que les tortues marines arrivaient massivement de tous côtés sur les plages pour pondre leurs oeufs (phénomène appelé “arribada”), et que San Juan offrait la possibilité d’aller les voir de plus près à la nuit tombée. Il ne nous en a pas fallu plus pour nous convaincre. San Juan del Sur était après tout sur notre chemin vers le Costa Rica et il aurait été dommage de ne pas s’y arrêter, ne serait-ce que pour rendre visite à ces tortues dont tout le monde parle. C’est ainsi que les non-surfeurs que nous sommes avons débarqués une fois encore dans l’une de ces villes dédiées à ces voyageurs bronzés, torse nu, les cheveux longs, qui se saluent mutuellement avec ce fameux signe du shaka (vous savez, celui avec pouce et auriculaire sortis, autres doigts repliés, et le tout agité légèrement comme s’ils jouaient d’un mini tambourin).
Nous n’avons pas été déçus. C’était basse saison, donc trouver où loger était facile et notre auberge se trouvait à cinq minutes de marche de la plage. Si Granada nous en a mis plein les yeux avec ses magnifiques couchers de soleil, San Juan de Sur nous a définitivement convaincus que le Nicaragua est le pays doté des plus beaux couchers de soleil.
Derrière le comptoir de notre auberge un calendrier précisait en gros et au marqueur indélébile rouge le nombre de tortues vues la veille sur la plage de la réserve naturelle. La tendance des jours précédents était prometteuse avec une augmentation de 0… 3… 7… 15 jusqu’à la veille où environ 600 tortues Olive Ridley avaient débarqué sur la plage pour pondre leurs oeufs. Avec de telles statistiques la réflexion a été de courte durée et nous avons réservé nos places pour le soir même.
Avant de prendre la direction de la réserve naturelle nous avons eu droit à une présentation fort intéressante d’une demi-heure sur ce que nous étions supposés voir durant les quelques heures suivantes, quel type de tortue vient pondre sur cette plage et quelles sont les règles à respecter durant la visite. Des règles du genre “essayez de rester en dehors de leur passage lorsque les tortues arrivent sur la plage ou quand elles retournent vers l’océan”, “restez à au moins trois mètres de la tortue quand elle creuse son trou pour y déposer ses oeufs”, “essayez d’utiliser le moins de lumière possible” (des mini-torches de lumière rouge nous ont été prêtées, une par couple). Toutes ces règles en tête nous sommes partis à l’arrière d’un pick-up pour une heure de piste défoncée pour rejoindre la réserve naturelle de Playa La Flor.
Nous nous sommes dans un premier temps arrêtés au centre de vie des militaires gardant le site, juste en retrait de la plage, où des oeufs récupérés de la plage étaient conservés “au chaud” dans de grands sacs de sable pour garantir qu’un certain nombre de tortues survivent jusqu’à l’éclosion. Chaque sac était minutieusement étiqueté avec la date du transfert et la date estimée d’éclosion. Dans ce process, dès que l’un des bébés tortues pointe le bout de son nez à la surface le sac est retransféré sur la plage et la centaine de bébés tortues entame sa frénétique course du sac vers l’océan. Le sac le plus “mûr” était encore à trois semaines de l’éclosion (les oeufs incubent environ une cinquantaine de jours dans le nid), donc après avoir jeté un rapide coup d’oeil aux sacs nous sommes partis en direction de la plage.
Quelle expérience ! Nous avons pris peu de photos parce qu’il faisait nuit noire, c’était nouvelle lune, et nos premières tentatives de photos se sont avérées futiles, mais imaginez une scène ressemblant à ça mais dans le noir total. Il y avait tellement de tortues arrivant sur la plage et repartant vers l’océan que toutes les règles précédemment mentionnées sont immédiatement passées à l’as. En faisant un pas de côté pour éviter une tortue on se retrouvait sur le chemin d’une autre, et apparemment ces dames ne savent qu’aller tout droit, leurs nageoires nous fouettant les chevilles, et leurs congénaires tortues sur leur passage ne constituaient que de petits obstacles dans leur progression vers leur destination. Nous sommes restés environ deux heures à marcher sur la plage, notre guide creusant un trou dans le sable derrière certaines tortues pour nous permettre d’observer la ponte (apparemment elles entrent dans une sorte d’hypnose durant les 45 minutes qu’elles mettent à pondre leur centaine d’oeufs et par conséquent elles ne sont plus dérangées par la présence de ces curieux touristes. Une visite géniale et unique !
Le nombre de tortues observées est apparu le lendemain sur le calendrier : 6500+.
Les deux jours suivants nous avons profité de la plage, des vagues et du mirador surplombant la baie.
L’une des nombreuses baies le long de l’océan pacifique aux alentours de San Juan del Sur
Troisième plus grande statue de Jésus au monde
Cliquez ici pour voir une courte vidéo de coucher de soleil à San Juan del Sur
Un joli bouquet final pour le Nicaragua. C’est parti pour le Costa Cara !










